Une mémoire tourmentée : Vichy de 1944 à 2019

Michel Promérat, Président du CIERVMichel Promérat, professeur agrégé d’histoire, inspecteur d’Académie honoraire et président du CIERV, donnera une conférence sur le thème : « Une mémoire tourmentée : Vichy de 1944 à 2019 », le mardi 16 juillet 2019 à 15h00 dans l’amphithéâtre du Pôle universitaire de Vichy, 1 avenue des Célestins. L’entrée est libre et gratuite.

La mémoire tourmentée : Vichy de 1944 à 2019, par Michel Promérat, président du CIERVDepuis 1944, Vichy souffre d’un embarras mémoriel. La ville, capitale de l’État français de 1940 à 1944, a du mal à intégrer pleinement ce passé dans son histoire.

Des études socio-historiques fines seraient nécessaires afin d’identifier précisément ce trouble et d’en mesurer l’importance. S’il est réel, comme le montrent la rareté de la signalétique urbaine rappelant ce passé, le refus longtemps assumé d’ouvrir un musée qui traiterait de cette période, il faudrait sans doute distinguer ce qui relève des mémoires des vichyssois anciennement installés d’une part et de celles des vichyssois d’installation plus récente, d’autre part. Il serait également nécessaire d’opérer des différenciations entre les mémoires des divers groupes sociaux et politiques de la ville. L’on observerait alors une diffraction des mémoires qui donnerait probablement une vision plus complexe que celle qui est généralement présentée.

En l’absence de telles études, qui nécessiteraient des compétences et des moyens considérables, l’on se limitera à l’étude de la politique mémorielle conduite par les autorités locales, municipales principalement,  depuis 1944, en ayant toujours à l’esprit que ces politiques peuvent ne pas être en adéquation avec la mémoire de tous les groupes sociaux vivant à Vichy.

Depuis 1944, quatre discours mémoriels ont été tenus successivement, parfois parallèlement. Entre 1944 et 1946, ce fut un discours héroïsant, qui tenta d’intégrer Vichy à la mémoire gaullo-résistante. Il se traduisit par de nombreuses cérémonies rendant hommage à des résistants locaux.

Très vite ce discours héroïsant laissa place à un discours victimaire qui perdure presque jusqu’à aujourd’hui : la ville aurait été doublement victime, à la fois de la présence du gouvernement dont elle aurait souffert, puis de l’association ultérieure entre le régime de l’État français et le nom de Vichy. Ce discours, mis en place par une proclamation du Conseil municipal du 20 novembre 1944, est devenu le discours dominant des autorités locales, de droite comme de gauche pendant trois quarts de siècle.

À partir des années 1950, peu à peu, alors que s’installe localement une volonté de faire silence sur les années 40, les grands travaux lancés par la municipalité Coulon permettent de faire entrer Vichy dans l’ère du « maire bâtisseur » qui  veut effacer l’image de Vichy capitale de l’État français. Plus tard, vers les années 70-80, Napoléon III est mis en avant et célébré comme le fondateur du Vichy moderne, ce qui  permet, plus ou moins consciemment, et avec une réussite inégale, de substituer à l’image de Vichy ville capitale celle de la fête impériale.

De ce fait, alors que la France des années 70-80 connait un retour de la mémoire des années 40, que dans tout le pays se multiplient musées et mémoriaux, que le travail historique sur la période est intense, Vichy apparaît en décalage, voire en retrait de l’évolution mémorielle du pays.

Actuellement, la politique mémorielle de la ville est à un tournant. Si, depuis deux ans, des signaux incontestables montrent que des évolutions sont en cours (projet d’un musée, dénomination de rues et de squares), et que  la ville commence à intégrer cette période à sa mémoire, il n’en demeure pas moins que le discours victimaire persiste, avec une insistance sur les questions de vocabulaire (vichystes/vichyssois, régime de Vichy). Les prochaines années décideront si des avancées peuvent être faites allant dans le sens d’une prise en compte plus compète de tous les aspects de cette période, et peuvent permettre de lever totalement un embarras de mémoire qui perdure.

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