Les 80, une opposition parlementaire à Pétain ?

Olivier WIEVIORKA, historien français, spécialiste de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, est Professeur à l’École Normale Supérieure de Cachan.

À l’occasion de la commémoration de l’anniversaire du refus par 80 parlementaires de donner les pleins pouvoirs au gouvernement de la France le 10 juillet 1940, Olivier Wieviorka donnera une conférence sur « Les 80, une opposition parlementaire à Pétain ? » à 15h00 à l’Opéra de Vichy, 1-5 rue du Casino à Vichy. L’entrée est libre et gratuite.

Conférence : Les 80 : une opposition parlementaire à Pétain ?

Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale (Sénat et Chambre des Députés) est convoquée au Grand Casino de Vichy afin de statuer sur un projet de loi attribuant « tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées ». 570 parlementaires votent Oui ; 80 choisissent, courageusement, de s’y opposer.

Les circonstances de ce vote sont bien connues : le choc de la défaite militaire, l’armistice signé le 22 juin, l’occupation de la zone Nord, l’exode massif de population ont contribué à plonger la plus grande partie du pays dans la stupeur et entrainé une désorganisation complète des structures administratives et politiques. De nombreux parlementaires sont absents, certains non encore démobilisés, d’autres dispersés à travers la France, certains au Maroc, suite à l’affaire du Massilia, ou interdits (la plupart des communistes déchus de leur mandat après le pacte germano-soviétique). C’est donc une Assemblée Nationale  privée de 177 de ses membres qui est appelée à se prononcer le 10 juillet 1940.

Mais le vote en faveur des pleins pouvoirs constitutionnels n’est pas explicable seulement par les circonstances. Il résulte également de la conviction, chez de nombreux parlementaires, que le parlementarisme de la IIIème République a failli et qu’il faut renforcer l’exécutif ; d’autres en appellent à une régénération du pays autour de valeurs nouvelles d’autorité et discipline qu’incarnerait le vainqueur de Verdun.

Les 80 peuvent-ils, à partir du 10 juillet constituer une opposition parlementaire à Pétain ? Plusieurs éléments rendent cette hypothèse peu vraisemblable : l’absence d’homogénéité de ce groupe lié à leurs divergences idéologiques que ne peut compenser leur attachement sincère à la République, leur isolement -ils sont nettement minoritaires-, l’impossibilité de se faire entendre dans le climat de ferveur maréchaliste de juillet 1940, le poids de l’opinion publique abasourdie par la défaite et qui se satisfait de l’armistice. C’est ce qui explique que nombreux sont les parlementaires ayant voté Non qui regagnent leur province et se résignent, même si peu à peu, certains s’engagent dans une politique de refus de l’ordre nouveau, mais souvent hors de leurs partis politiques.

C’est peut-être ce qui explique que leur refus courageux des pleins pouvoirs, qui n’a débouché en 1940 sur aucune action politique concertée, a encore aujourd’hui du mal à s’inscrire pleinement dans la mémoire nationale.

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