Pierre Laval et le choix de la collaboration

Le CIERV accueille, le 23 mars 2019 à 15h, Renaud MELTZ qui donnera une conférence sur le thème : « Pierre Laval et le choix de la collaboration » à Vichy à la Maison des Associations, place de l’Hôtel de Ville.

Conférence du 23 mars 2019 : Pierre Laval et le choix de la collaboration

Renaud Meltz, professeur d'histoire contemporaine à l'UHARenaud MELTZ est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Haute-Alsace (Mulhouse) et directeur du CRESAT (Centre de Recherche sur les Economies, les Sociétés, les Arts et les Techniques).

Spécialiste de l’entre-deux guerres, il a notamment publié en 2008 chez Flammarion une biographie de Saint-John Perse et codirigé un ouvrage collectif sur les écrivains-diplomates paru chez Armand Colin en 2012. Sa biographie de Pierre Laval, parue chez Perrin en octobre 2018, a été saluée par la critique et retenue par le Point comme l’un des 25 livres de l’année.

La biographie, monumentale à tous égards, de Pierre Laval que vient de publier Renaud Meltz  aux éditions Perrin est un livre très important pour la connaissance de l’un des acteurs principaux de la vie politique française de la première moitié du XXe siècle.  Dans la mémoire collective française, Pierre Laval occupe une place particulière et unique, celle du fossoyeur de la République, du responsable de la livraison des Juifs à l’occupant nazi. Il est de ce fait l’incarnation de l’une des pages les plus sombres de notre histoire.

Le fils du cafetier de Châteldon, devenu par la méritocratie républicaine avocat des ouvriers à Paris, bientôt maire d’Aubervilliers, député puis  sénateur, se réclamant  d’abord du socialisme, avant de glisser vers le conservatisme,  dix fois ministre entre 1919 et 1939, trois fois président du Conseil, est une des figures dominantes de la vie politique  de la IIIe République dans l’entre-deux-guerres. L’une des plus contestées également pour ses méthodes fondées sur  une prétention au pragmatisme et  à l’habileté manœuvrière, qui cache mal l’absence de scrupules et de vraie structure idéologique, un  affairisme assumé, ainsi qu’une capacité à s’accommoder des principes moraux, sous prétexte de réalisme et d’efficacité.

Notable local attaché à son Auvergne natale, il y a fondé un petit empire de presse (Le Moniteur du Puy de Dôme, les imprimeries Mont Louis), est devenu en 1935 sénateur du Puy de Dôme, y a noué des amitiés et des liens familiaux. Sans doute est-ce cet attachement auvergnat qui le pousse en juin 1940 à proposer l’installation du gouvernement à Vichy. Il y est vice-président du conseil, et chef d’orchestre des journées de juillet qui aboutissent au vote des pleins pouvoirs à Pétain et à l’abolition de la IIIe République. Chassé du pouvoir le 13 décembre, il y revient en avril 1942.

Le fil rouge de sa politique se situe dans le pacifisme, revendiqué dès la Première Guerre mondiale, à laquelle il ne participe, pas, arguant de ses fonctions parlementaires, prolongé par son compagnonnage avec Briand, mis en œuvre dans les années 30 lorsqu’il est ministre des affaires étrangères. C’est ce pacifisme qui le conduit à soutenir l’armistice en 1940, puis à prôner une politique de collaboration avec l’Allemagne, dont il dira le 22 juin 1942 « souhaiter la victoire », au nom de l’antibolchevisme.   Convaincu que ses talents de négociateur et son habilité manœuvrière lui permettront d’éviter « la polonisation » et d’obtenir pour la France une place dans l’Europe allemande, il ne fait en réalité, dans un rapport de force dont il n’a pas pleinement compris le caractère inégal, que céder à la plupart des exigences de l’occupant, dont les plus lourdes sont l’arrestation et la déportation des Juifs.

En 1944, alors que Pétain conserve une part de popularité et des soutiens, Laval concentre sur sa personne rancunes et haines. Si les conditions de son procès et de son exécution en octobre 1945 peuvent ne pas satisfaire les démocrates attachés au respect scrupuleux du droit, Pierre Laval, soixante-quinze ans après sa mort, demeure pour beaucoup celui qui piétina les valeurs qui fondent  la République dont, paradoxalement, il était issu.

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