UN DES FONDATEURS DU PATRIMOINE MONDIAL DE L’UNESCO ANCIEN PROFESSEUR AU « COLLÈGE DE CUSSET »

C’est dans un train venant de Paris, au milieu de la 2ème guerre mondiale, que le jeune professeur de lettres Yves Brunsvick, ancien élève du lycée Janson de Sailly, rencontre par hasard le Principal du Collège de Cusset, Abel Boisselier.

Il lui confie qu’étant juif, il ne peut plus désormais enseigner dans la zone occupée et qu’il fuit vers la zone libre. Boisselier décide sur le champ de l’emmener avec lui  pour l’intégrer comme profeseur au «Collège» de Cusset (aujourd’hui disparu, lycée en réalité).

Yves Brunsvick dispense pendant plusieurs années dans cet établissement des cours  dans un style voisin  celui de l’humaniste qu’était Abel Boisselier, alternant cours de niveau universitaire, exposés des élèves, dont j’étais, débats, échanges sur les films et les pièces de théâtre en vogue. Les élèves, subjugués, veulent souvent rester après le cours pour continuer les échanges…

Parallèlement,  chapitre moins connu et qu’il se réservait de relater plus tard – avant hélas que la mort ne l’en empêche -,  Yves Brunsvick entre dans l’un des réseaux de résistance de Vichy. Il participe à diverses actions comme l’attaque d’un centre de la milice, sans jamais se soucier du risque supplémentaire qu’il prenait en tant que juif.

La guerre terminée, il s’oriente vers des sphères où l’éducation a une dimension mondiale : Après un passage à la Direction des affaires culturelles du ministère des affaires étrangères, il entre en 1948 à la Commission française pour l’UNESCO comme adjoint du Secrétaire Général, Louis François, auquel il succéda dix ans plus tard.

Dès lors, il se consacre au développement de la science, de la culture et de l’éducation par l’action. Il met en place des liens culturels avec les nouveaux pays venant d’accéder à l’indépendance.

En 1958 il lance avec le philosophe Gaston Berger une conférence sur le progrès scientifique,réunissant cinq prix Nobel. Il crée le programme Bouaké de développement de l’enseignement au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Il mobilise Jean Cocteau et Jean Giraudoux pour mettre en valeur les apports à la culture de l’art, du sport et du théâtre. Il organise des rencontres en Avignon de 1964 à 1970 sous la présidence de Jean Vilar sur le développement culturel par l’art. Il lance d’autres rencontres analogues à Grenoble, Nice, Arles, puis dans divers pays d’Afrique et du monde arabe, actions qui ont laissé des traces jusqu’à aujourd’hui, telle la reconstruction de la bibliothèque d’Alexandrie. Il participe activement à la sauvegarde des héritages de Nubie et de Venise, et surtout il a été l’un des créateurs du fameux inventaire du patrimoine mondial de l’UNESCO.

« Il y a des carrefours obligés, disait-il. Mais, ce qui compte, ce sont les routes qui partent des carrefours ». Président de 1986 à 1989 du Bureau international pour l’éducation de l’UNESCO, qu’il dynamisa, il considéra l’éducation comme « la seule voie pouvant résoudre les antagonismes qui prennent naissance dans l’esprit des hommes. C’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».

Yves Brunsvick fut  nommé ministre plénipotentiaire, représentant la France à l’UNESCO. Les programmes qu’il lança  en Afrique eurent un effet multiplicateur, par la création d’écoles normales supérieures et  d’ écoles d’ingénieurs.

Parallèlement  Yves Brunsvick, fait assez méritoire,  prit le temps de théoriser ses actions en donnant des cours à la Sorbonne, pendant trente ans, au Centre d’études de la civilisation française et en publiant divers ouvrages.  Directeur  de la collection des «Classiques de la civilisation française» (Didier éd.),  il écrivit un Lexique de la vie culturelle (Dalloz éd.), Les Français à travers leurs romans (avec Marc Blancpain), Naissance d’une civilisation – le choc de la mondialisation, – avec André Danzin et les commentaires de Jacques Delors et de Thierry de Montbrial (éditions de l’UNESCO). Il dirigea la rédaction de L’éducation des adultes (1998), et Le nouveau métier d’enseignant.

Yves Brunsvick meurt en 1999, ayant accompli une action extrêmement féconde d’humaniste et de philosophe de l’éducation. Deux ans après sa mort, la Conférence internationale de l’Éducation lui a décerné à Genève la médaille Comenius.

Il nous laisse le regret de n’avoir pas eu le temps de revenir à Vichy, – comme il me l’avait promis lors d’une réunion parisienne des anciens du Collège de Cusset dont j’étais le Président – afin de rédiger sur place les souvenirs de ses actions de résistant (Une leçon  pour  tous ceux qui ont le devoir de témoigner de ne pas trop tarder à le faire !).

Nul doute qu’il eût soutenu activement l’inscription de Vichy, auquel il était attaché et des dix autres villes d’eau d’Europe (« Great Spas of Europe ») sur cette liste du patrimoine mondial de l’UNESCO dont il a été l’un des fondateurs, marquant ainsi un hommage supplémentaire au patrimoine culturel de l’humanité.

Paul PÉRONNET

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